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Bien prendre ses médicaments : à chaque obstacle, sa solution

Photo du rédacteur: Alexandre Nadeau Vivier
Alexandre Nadeau Vivier
il y a 4 jours
3 min de lecture

À l’occasion de la Semaine des proches aidants, un mot de votre pharmacien.

Chaque jour, au comptoir de la pharmacie, je rencontre des aînés — et leurs proches aidants — qui jonglent avec une poignée de médicaments. Et chaque jour, je constate la même chose : prendre ses médicaments tels que prescrits, ça a l’air simple, mais c’est l’un des plus grands défis en santé.

 

On estime que près de la moitié des médicaments prescrits pour des maladies chroniques ne sont pas pris comme prévu1.

 

Pas par négligence, il y a de vraies raisons derrière ça. Je les comprends, et ça fait partie de mon rôle de vous soutenir. Je vois souvent des gens laisser tomber leur fer parce qu'il est mal toléré, ou ne pas renouveler leurs statines pour la même raison. Ce sont des réactions humaines, et je ne juge pas : on comprend, et on peut vous aider et adapter. Voici les obstacles les plus courants, avec des solutions concrètes pour chacun.



« Je m’y perds dans tous ces comprimés »

Quand on prend cinq, huit, parfois douze médicaments à des heures différentes, avec ou sans nourriture, il est facile de s’y perdre.


La solution : le pilulier hebdomadaire — un pilulier rempli une fois par semaine change tout, et votre pharmacie peut le préparer pour vous. Demandez aussi une révision de vos médicaments : on peut souvent simplifier les horaires et synchroniser tous les renouvellements à la même date.


« Les effets secondaires me découragent »

Nausées, étourdissements, fatigue : ces inconforts donnent envie de tout arrêter.


La solution : parlez-en à votre pharmacien au lieu de subir en silence. Il peut souvent régler le problème lui-même — par exemple en ajustant la dose ou en changeant la formule — sans même que vous ayez à repasser par votre médecin (il informera toutefois votre médecin de tout changement de dose). Sinon, il verra avec lui pour ajuster le traitement.


« J’oublie, tout simplement »

La mémoire flanche, la routine est bousculée, et un comprimé saute.


La solution : ancrez chaque prise à un repère fixe — avec le déjeuner, au brossage des dents du soir. Une alarme sur le téléphone ou un petit rappel du proche aidant peut aussi faire des merveilles.


« J’ai de la misère à les avaler ou à ouvrir les flacons »

Certains comprimés sont gros, certains bouchons semblent soudés.


La solution : votre pharmacien peut proposer des alternatives — formule liquide, comprimés plus petits — et des bouchons à ouverture facile. Il suffit de le demander.


« Ça coûte cher »

Le coût des médicaments pèse lourd sur un budget de retraite.


La solution : parlez-en à votre pharmacien : les versions génériques, tout aussi efficaces, coûtent souvent beaucoup moins cher. On peut aussi réviser votre dossier pour vérifier si certains médicaments sont encore vraiment nécessaires — en retirer un, c’est alléger la facture du même coup.


« Je me sens mieux, alors j’arrête »

C’est une pensée bien humaine — mais avec plusieurs maladies chroniques, se sentir mieux est justement le signe que le traitement fonctionne.

La solution : ne cessez ni ne modifiez jamais un médicament sans en parler d’abord à votre pharmacien ou à votre médecin.


Pourquoi c’est si important ?

Un médicament mal pris, c’est une maladie mal contrôlée : une tension qui grimpe, un diabète qui se dérègle, un cœur qui s’essouffle. Cela peut mener à des chutes, à des visites à l’urgence, à des hospitalisations — et, peu à peu, à une perte d’autonomie. C’est beaucoup pour un comprimé oublié.

 

Un mot aux proches aidants

Vous qui accompagnez un parent, un conjoint, un ami : votre vigilance fait une différence immense. Aidez à organiser le pilulier, posez des questions avec la personne aidée, et n’hésitez pas à venir nous voir, vous aussi — les pharmaciens sont là pour les proches aidants autant que pour les patients. Une précision importante : pour discuter du dossier d’une personne avec vous, il nous faut son autorisation — apportez une autorisation écrite et signée de sa part, ou demandez-lui de nous appeler elle-même.

 

Prendre ses médicaments, ce n’est pas une contrainte : c’est un geste de soin, envers soi-même et envers ceux qui nous aiment.


Alexandre Nadeau-Vivier, pharmacien

Texte révisé par Vickie Hébert, pharmacienne.


1 Hamuy Blanco J, et coll. A systematic review of medication adherence and mortality in chronic disease: implications for clinical guidelines and policy. Br J Clin Pharmacol. 2025. DOI : 10.1002/bcp.70371.


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