Prendre sa place, même en ligne!

Le numérique s'est imposé partout, vite, sans grand souci de qui risquait de se perdre en chemin. Chez Une ride à la fois, on pense que cette question mérite plus qu'un raccourci sur l'âge. On veut parler ici de ce que ça prend, concrètement, pour garder sa place dans un monde qui se déplace de plus en plus en ligne.
L'autonomie qu'une connexion rend possible
Une personne qui a passé quarante ans à apprendre de nouveaux outils au travail garde cette capacité en prenant sa retraite. Le monde autour d'elle change de rythme rapidement, et le soutien humain pour suivre ces changements manque presque partout.
Un accès fiable à internet permet de garder le contact avec un petit-fils installé à Vancouver sans attendre l'appel du dimanche. Il permet de renouveler une carte d'assurance maladie sans faire la file. Ce sont des gestes devenus nécessaires pour rester dans le monde, aussi ordinaires que tout ce qu'on tient pour acquis tant qu'on ne se le fait pas retirer.
Un choix, pas une obligation
Il y a d'abord une question de choix qu'on oublie trop souvent de poser. Le numérique devrait rester une option, pas une norme imposée à qui n'en veut pas. Une personne qui décide de ne pas utiliser un cellulaire ou une tablette a le droit de continuer à vivre pleinement sans ça. Le problème commence quand la société retire les alternatives; quand le rendez-vous médical, le paiement, le service gouvernemental cessent d'exister autrement qu'en ligne. Le numérique devient alors une obligation, et une obligation, ça vient avec une responsabilité : accompagner les gens humainement, prendre le temps qu'il faut, ajuster l'approche à ce que chaque personne peut et veut faire, plutôt que de présumer que tout le monde apprend de la même façon. Quand un service devient exclusivement numérique, cette responsabilité n'est pas optionnelle. Il y a une transition à faire, et bien la faire demande du temps, sinon, on abandonne des gens en cours de route, en toute connaissance de cause.
Quand la connexion elle-même manque
Ces obstacles dépassent d'ailleurs l'écran. Le Québec est grand, et dans plusieurs régions, une connexion fiable reste difficile à obtenir. Au-delà du fil lui-même, il y a l'appareil — une tablette, un ordinateur, un cellulaire — qui coûte de l'argent et qui demande des ressources que tout le monde n'a pas. Jimmy Martial, coordonnateur de projet chez Réseau Aidance Montérégie, le constate dans son travail sur le projet Accompagner les aînés vers le numérique en Montérégie :
« Dans le cadre du projet "Accompagner les aînés vers le numérique en Montérégie", nous constatons déjà que l'accès à Internet demeure un obstacle pour certains territoires. Cela nous rappelle que l'inclusion numérique ne se limite pas à l'apprentissage des outils : elle passe également par un accès équitable aux infrastructures essentielles. »
Travailler les compétences sans réparer les infrastructures, c'est réparer une porte dans un mur sans fondation.
Ce qu'on fait, concrètement
C'est ce que porte Techno-Complice. Le projet accompagne des personnes aînées dans leurs propres milieux de vie, souvent en résidence, une personne à la fois plutôt que seulement en atelier de groupe où tout le monde doit avancer au même pas. En déployant cette offre sur le terrain on s'est bien rendues compte que c'est à travers une relation de confiance qui se construit séance après séance que notre l'accompagnement au numérique a le plus d'impact.
Cette autonomie prend peut-être la forme d'un appareil qu'on apprivoise, mais l'enjeu la dépasse largement. Continuer à décider pour soi-même en fait partie. Garder sa place dans des conversations familiales, sociales, citoyennes, qui se déroulent maintenant en bonne partie en ligne, en fait partie aussi. C'est ça, au fond, continuer d'exister et de s'épanouir en vieillissant.
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