top of page

Vieillir, c’est continuer d’habiter : cinq idées rapportées de Charlottetown

Photo du rédacteur: Éloïse Lara Desrochers
Éloïse Lara Desrochers
il y a 3 jours
5 min de lecture

Le 17 octobre dernier, Éloïse présentait notre projet TRACES à Charlottetown, à la réunion annuelle de l'Association canadienne de gérontologie. Pendant trois jours, des chercheur·es, des intervenant·es et des organismes de partout au pays y ont parlé de vieillissement.


Nous y sommes allé·es pour partager notre projet, et ce que nous y avons entendu continue de nous habiter. Dans cet article, nous revenons sur cinq idées ressorties des présentations. Pour chacune, nous expliquons ce qu'elle veut dire et comment elle peut se traduire concrètement dans le travail de celles et ceux qui accompagnent des personnes aînées : organismes, intervenant·es, municipalités et milieux de vie.


1. L'art pour changer le regard

Les images que nous croisons chaque jour façonnent notre façon de voir le vieillissement. Dans les publicités et les médias, la vieillesse est souvent montrée de deux façons : la fragilité à protéger, ou la jeunesse à prolonger le plus longtemps possible. On parle alors d'âgisme visuel : une façon de montrer le vieillissement qui en efface la diversité.


La chercheuse Julia Henderson (University of British Columbia) s'intéresse à l'art public comme moyen d'y résister. Une œuvre installée dans un parc ou sur une façade rejoint des gens qui ne sont pas venus pour elle. Elle peut leur montrer des visages, des corps et des vies que les images habituelles laissent de côté.


C'est ce que nous avons cherché à faire avec TRACES, en installant les portraits au Parc de la Roseraie, à Rawdon. Le vieillissement n'a pas un seul visage. L'art peut en montrer les différentes facettes, là où les gens passent.


Dans la pratique, chaque organisme, municipalité ou milieu de vie produit des images : affiches, sites web, rapports annuels. On peut se demander qui y apparaît, et comment. Quand on monte une exposition, la placer là où les gens passent déjà, comme un parc, une bibliothèque ou un hôtel de ville, lui permet de rejoindre bien plus de monde.


2. La force des petites histoires

Quand on veut connaître une personne aînée, on pense souvent à recueillir son récit de vie : son enfance, son métier, sa famille, les grandes étapes. La chercheuse Michelle Greason (St. Thomas University) parle de ces récits comme des « grandes histoires ». Elle invite à prêter attention aux « petites histoires ».


Une petite histoire, c'est un souvenir lié à un objet, un sentier qu'on aime, un geste précis, une anecdote qui fait rire. Elle se raconte en quelques minutes, sans pression. Elle n'exige pas de tout dire de soi.


C'est souvent par là que la rencontre commence. En s'intéressant à ce qui semble banal, on montre à l'autre qu'on s'intéresse à lui ou à elle, tel·le qu'il ou elle est aujourd'hui. Dans TRACES, nos rencontres partaient d'une question simple sur le lien des gens avec un lieu. La conversation faisait le reste.


Dans la pratique, une intervention, un atelier ou une visite peut commencer par une question ouverte et légère, sur un objet auquel on tient ou un lieu qu'on aime. Pas besoin de formulaire ni de grand entretien. Prendre le temps d'écouter ces petites histoires, c'est déjà reconnaître la personne au-delà de ses besoins.


3. Protéger des risques, sans priver de vivre

Quand on pense à la sécurité des personnes aînées, on pense d'abord aux chutes et aux blessures. Pour les éviter, on limite parfois les sorties, les activités ou les déplacements, avec les meilleures intentions.


La chercheuse Evelyne Durocher (McMaster University) a demandé aux personnes aînées elles-mêmes ce que le risque signifie pour elles. Leurs réponses parlent beaucoup de relations. Pour plusieurs, perdre le contact avec les autres, ou perdre un rôle qui compte, pèse plus lourd qu'une blessure physique. Vivre seul·e, par exemple, n'est pas en soi une situation à risque.


Une phrase entendue nous est restée : se sentir en sécurité, c'est aussi pouvoir prendre des risques. Il s'agit de trouver un équilibre, par exemple en adaptant l'environnement plutôt qu'en interdisant. À trop vouloir éviter le risque, on peut couper les personnes aînées de

liens et de nouvelles expériences.


Dans la pratique, avant de retirer une activité ou une sortie pour des raisons de sécurité, on peut demander à la personne ce qui compte pour elle, et chercher avec elle comment le rendre possible : un accompagnement, un aménagement, un autre horaire. Évaluer un risque, c'est aussi évaluer ce qu'on perd en l'évitant.


4. Aller là où les gens sont

Environ une personne aînée sur quatre au Canada vit en milieu rural, rappelait Evelyne Durocher. En région, le lien social passe beaucoup par les lieux de rencontre informels : l'épicerie, le casse-croûte, le perron de l'église, la caisse. Quand ces lieux ferment, ce sont aussi des occasions de se croiser qui disparaissent.


Pour rejoindre les gens, il faut donc s'ancrer dans leurs milieux, plutôt que d'attendre qu'ils viennent à nous. C'est une conviction que nous portons depuis le début.



Les municipalités ont un rôle clé à jouer. La chercheuse Samèle Rémillard-Boilard (Université de Sherbrooke) étudie comment elles peuvent s'adapter au vieillissement de leur population : en créant des espaces de rencontre entre générations, en soutenant les initiatives locales, en mettant en place des conditions qui permettent aux gens de vieillir chez eux. Avec TRACES, nous l'avons vécu : passer par les municipalités nous a aidé·es à bâtir la confiance avec les participant·es.


Dans la pratique, les organismes gagnent à tenir leurs activités dans des lieux que les gens fréquentent déjà. Les municipalités, elles, peuvent soutenir ces lieux de rencontre, mettre en lien organismes et citoyen·nes, et ouvrir leurs démarches, comme les politiques Municipalité amie des aînés (MADA), à la participation des personnes aînées.


5. Être une passerelle

Dans les milieux de vie collectifs, comme les résidences ou les CHSLD, les résident·es, leurs proches et le personnel se côtoient tous les jours. Pourtant, ils et elles partagent rarement des moments où personne n'est là pour soigner, visiter ou surveiller.


Une affiche présentée par l'équipe du Sheridan Centre for Elder Research et de Concerts in Care faisait le point sur les recherches qui incluent les proches dans les activités artistiques en soins de longue durée. L'idée nous a parlé.


Nous avons envie que nos ateliers deviennent une passerelle. L'art peut servir de prétexte pour que résident·es, proches et personnel créent ensemble. Pendant ce temps, les rôles habituels s'effacent un peu, et la relation se déploie autrement.


Dans la pratique, un milieu de vie peut inviter les proches à une activité artistique plutôt qu'à une simple visite, et y convier aussi le personnel, sur son temps de travail. Ce sont souvent de petits ajustements d'horaire et d'invitation qui rendent ces moments possibles.


Et maintenant ?


Ces cinq idées se rejoignent. C'est le sens de notre travail : permettre aux personnes aînées de continuer d'exister et de s'épanouir en vieillissant.


Ces réflexions vont nourrir nos prochains projets. Elles restent ouvertes, et nous aimerions les poursuivre avec vous. Laquelle vous parle le plus ? Écrivez-nous à info@uneridealafois.ca, ou poursuivez l'échange avec nous sur LinkedIn.

 
 
 

Commentaires


Nous contacter

Courriel : info@uneridealafois.ca

Tél : 514-886-8597

  • Facebook
  • Instagram

Merci pour votre envoi !

bottom of page