Hervé Simoneau : écouter les gens plutôt que les conseiller

Avec sa bouille sympathique, son « gros bon sens » et son background en gestion des ressources humaines, Hervé Simoneau est doué pour écouter les gens et les faire parler. Quatre fois par année depuis trois ans, il tient un kiosque intitulé « Consultez un aîné pour 25 cents » à la Grande Bibliothèque, à Montréal. Des adolescents arrivent. Ils s’y prennent à trois pour trouver de la monnaie, puis s’assoient. Et l’échange commence : l’école, le sexe, la mort…

Plus tard, un couple dans le début quarantaine se pointe. Ils subissent de fortes pressions de leur entourage pour avoir des enfants. Y sont-ils obligés ? À son tour, une dame de 82 ans lui demande comment s’y prendre pour se trouver un amoureux. Est-il trop tard ?
« Ben non ! Faut juste que tu t’affiches disponible ».
Fruit d’une collaboration entre Éducation 3 e âge et Bibliothèque et Archives nationales du Québec, responsable de la Grande Bibliothèque, l’activité Consultez un aîné pour 25 cents connaît un grand succès quand elle a lieu, soit dans le cadre de la Semaine québécoise intergénérationnelle en mai, ou lors la Semaine des bibliothèques publiques, en octobre.
Hervé s’y est impliqué par hasard – « je remplaçais quelqu’un au pied levé » -
mais il y a pris goût. Hervé Simoneau est un des membres dirigeants d’Éducation 3 e âge (ÉTA), un OSBL fondé il y a plus de 50 ans et établi au collège Maisonneuve dans l’est de Montréal. Comptant une soixantaine de bénévoles et près de 300 membres, ÉTA organise des activités culturelles et conférences pour les retraités et préretraités qui veulent continuer d’apprendre. Mais la mission d’ÉTA s’est élargie.
L’organisme s’implique aussi auprès des étudiants du CÉGEP. Les bénévoles d’ÉTA se promènent dans des cours de psychologie ou de science politique, par exemple, pour discuter avec les jeunes. Ils organisent aussi des bazars au profit des étudiants. Font du mentorat auprès de nouveaux arrivants.

C’est l’un des bénévoles d’ÉTA qui a monté le premier kiosque de consultation, qui s’appelait à l’époque consultez un vieux pour 25 cents, inspiré de la célèbre bande dessinée Charlie Brown. (Lucy, la tannante, s’est bâti un stand où elle se proclame docteur et offre de l’aide psychiatrique… à Charlie Brown). Faire cheminer les gens
« Ce ne sont pas tant des conseils que de l’écoute que j’offre, explique Hervé lors de ma visite au kiosque. Je suis là pour écouter, pas pour juger. Je laisse cheminer la personne, et, elle-même, va arriver à sa réponse. »
Pour faire ce qu’il fait, dit-il, il faut aimer profondément les gens et avoir l’esprit ouvert. Hervé, qui se définit comme complètement agnostique, fait partie des retraités d’ÉTA qui ont offert du soutien aux étudiants lors de la crise qui a éclaté en 2017 après qu’on eut appris qu’un groupe d’étudiants radicalisés avaien quitté le CÉGEP pour se joindre aux djihadistes en Syrie.
« On s'est rendu compte que les vieux avaient bien plus les oreilles des jeunes Maghrébins que les autres intervenants dans cette crise, parce qu’on était comme leurs grands-parents du bled, se souvient-il. Dans leur culture, le respect des personnes âgées est une valeur forte ».
Et c’est un peu de cela – le rôle d’écoute active sans le jugement des parents – que les aînés, avec leurs décennies de bagage, peuvent apporter aux gens qu’ils côtoient.
Lutter contre l’âgisme
Pour Hervé, s’impliquer dans Éducation troisième âge, c’est une façon de lutter contre l’âgisme. D’abord, l’organisme rassemble les personnes aînées qui souhaitent continuer à s’enrichir intellectuellement et à demeurer engagées pendant la retraite, à travers une programmation très riche et diversifiée. Ensuite, le contact avec les jeunes leur permet de ne pas perdre de vue ce que la société devient.
« On reste proche du monde dans lequel on vit. Donc ça vous garde jeune d'une certaine façon. »
Dans une discussion en classe au CÉGEP, Hervé a demandé aux étudiants s’ils étaient capables de se passer de leur téléphone portable…. « Vous savez, ça commence à changer. De plus en plus, il leur arrive de mettre leur téléphone de côté à l’entrée d’une fête », observe-t-il.
« Avez-vous déjà triché ? »
La première fois qu’Hervé a ouvert son kiosque à la Grande Bibliothèque, il s’est fait demander par un groupe d’élèves du primaire s’il lui était déjà arrivé de
tricher à l’école.
« Ça m’a fait rire. Je leur ai dit de ne pas rapporter mes propos au professeur ».
Ce sont des rencontres souvent touchantes qu’Hervé a eues à la bibliothèque, avec des itinérants, des parents inquiets pour leurs enfants, des jeunes déboussolés, ou au CÉGEP, avec des nouveaux arrivants en quête d’intégration.
« Il y a une proximité réelle qui s’installe. Je corresponds encore avec un étudiant que j’ai mentoré au CÉGEP et qui vit maintenant en France. »
ÉTA a maintenant 50 ans. Un des membres fondateurs entame sa 95 ème année. D’autres sont morts. Mais l’organisme se renouvèle, avec des jeunes de 60 ans, me dit Hervé.
« Ce que tu donnes à quelquun, ce n’est pas toi que tu vas en profiter. Ça va être cette personne-là qui va ensuite le donner à quelqu'un d'autre. C'est ça, passer au suivant. »
Parions que consultez un aîné va faire des petits. Hervé Simoneau sera à la Grande Bibliothèque le 22 octobre 2026.
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