Des promesses pour les personnes aînées

Comment les partis politiques abordent-ils les personnes aînées et le vieillissement de la population dans cette campagne électorale ? Quels engagements prennent-ils envers elles ?
Le 9 septembre dernier, la Fédération de l'âge d'or du Québec (FADOQ) a tenu une rencontre avec les candidats afin d'en savoir plus. Elle avait invité les cinq partis les plus importants.
Mais la CAQ – qui mène pourtant dans les sondages auprès des 55 ans et plus - et le Parti conservateur du Québec ne s'y sont pas présentés. Les représentants du Parti québécois, du Parti libéral du Québec et de Québec solidaire ont quant à eux répondu favorablement à l'invitation.
Forte de ses 600 000 membres, la FADOQ est le plus grand organisme de personnes aînées au Québec. Le débat était organisé autour de quatre grandes revendications électorales énoncées par la FADOQ:
Santé et services sociaux : améliorer l'accès aux soins et services de santé
Loisirs et activités physiques : encourager le vieillissement actif
Logement : vieillir chez soi, avec des options accessibles
Finances et retraite : aider financièrement les 50 ans et plus, prévenir pour mieux protéger.
Les trois candidats ont tous promis d'augmenter les budgets pour le soutien à domicile (SAD), de promouvoir l'activité physique chez les aînés, et de réduire la paperasse administrative dans les services aux aînés, tant pour ceux qui les donnent les services que ceux qui les reçoivent.
Rappelons qu'en début de campagne, la CAQ a promis d'augmenter les dépenses en SAD pour qu'elles atteignent 1G$ sur quatre ans.
Soins à domicile et décentralisation
De son côté, le PQ a chiffré sa promesse à 1,3 G$, soit une augmentation de 50 % du budget actuel consacré aux SAD.
« Comme les SAD coûtent moins cher que de bâtir des CHSLD, c'est une promesse à la fois bénéfique pour le gouvernement et bienveillante »,
a expliqué Camille Pellerin-Forget, physiothérapeute et candidate du Parti québécois dans Iberville.
Au Parti libéral du Québec, la hausse s'élèverait à 700 M$. La députée de La Pinière, Linda Caron, vice-présidente de la Commission de la santé et des services sociaux
du PLQ, a décrié le fait que la CAQ ait coupé 400,000 heures de soins à domicile durant son mandat avant de promettre, en campagne électorale, d'en ajouter. Elle a aussi dénoncé une autre « erreur » de la CAQ : celle de remplacer les contrats gré à gré en SAD avec les organismes communautaires par des appels d'offres.
Concrètement, ce nouveau système, qui désavantageait les organismes communautaires (pas équipés pour fonctionner par appel d'offres) a eu pour effet de perturber 300 bénéficiaires et de priver de travail 100 aides à domicile dans la région de Laurentides-Lanaudière, a souligné Mme Caron. Mais l'erreur a été corrigée tout récemment, durant la campagne.
Québec solidaire promet lui aussi de bonifier le SAD, mais sans donner de chiffres. Le Dr Yv Bonnier-Viger, ancien directeur régional de santé publique et candidat de QS dans Bonaventure, veut ajouter d'autres services professionnels aux SAD comme de la réadaptation, des services nutritionnels, du soutien psychique.
QS veut sortir de l'approche « hospitalocentrique » de la santé, a expliqué le Dr Bonnier-Viger, et renforcer les liens avec les organismes communautaires et services de proximité, notamment en ajoutant 400 points de services de CLSC ou Groupe de médecine familiale (GMF) dans la province.
Le PQ et QS partagent cette vision décentralisatrice du système de santé, en plus de vouloir augmenter la part de la prévention dans le budget de la santé. Elle ne représente actuellement que 1% au Québec, contre 6% ailleurs au Canada, a souligné Camille Pellerin-Forget.
L'enjeu du logement
La députée libérale Linda Caron a promis de plafonner les hausses de loyer dans les Résidences pour personnes âgées (RPA) et de mettre le fardeau de la preuve sur les propriétaires plutôt que sur les locataires lors de contestation.
En outre, les aînés profiteraient de la construction de 40 000 nouveaux logements sociaux et de 100 000 nouveaux logements par année pour tous si le PLQ est élu, a fait valoir Mme Caron.
Le PQ et QS veulent bâtir des logements qui ne sont pas soumis aux lois du marché. À Vienne, en Autriche, ils forment 60% du parc locatif, alors qu'ici au Québec, ce pourcentage s'élève à peine à 10%, a souligné le Dr Bonnier-Viger.
« Le logement est un droit, pas une marchandise. »
De son côté, le PLQ promet un sommet sur l'itinérance, un phénomène qui frappe de plus en plus les personnes aînées.
Les trois partis veulent simplifier les crédits d'impôts pour les aînés, et augmenter leur accessibilité, notamment pour les proches aidants.
À la CAQ, la promesse est de bonifier de 200 $ par année le crédit d'impôt pour le soutien aux aînés et donner un répit fiscal à certains travailleurs de 65 ans et plus. Mais la décision du gouvernement caquiste de salarier les personnes proches aidantes va avoir pour effet de leur enlever leur crédit d'impôt, a mentionné la candidate libérale.
En concluant sa partie de la rencontre, Mme Caron a déclaré :
« Je rêve du jour où un aîné ou son proche saura qui appeler, où aller, quand ce sera le temps de faire une évaluation (…) et sera référé vers la bonne ressource dans le système ».
N'est-ce pas que nous espérons tous ?
Critique de Marguerite Blais
Ancienne ministre responsable des aînés, Marguerite Blais accuse les partis politiques de manquer de vision globale sur le vieillissement de la population.
« On fait des promesses à la pièce, on oppose souvent le soutien à domicile et l'hébergement institutionnel alors qu'il faut travailler sur les deux tableaux », déplore-t-elle. Les aînés très malades auront besoin d'hébergement. Or, les CHSLD débordent et les Ressources intermédiaires aussi. Quant aux Maisons des aînés, « oui elles ont coûté cher et on pourrait réduire les coûts mais ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain. Le modèle d'une résidence avec 12 personnes fonctionne. »
Mme Blais est déçue qu'aucun parti ne promette la création d'un véritable ministère du mieux vieillir, avec son propre budget, qui aurait un pouvoir de décision et couvrirait tous les enjeux du vieillissement de la population, et pas seulement celui de la santé.
Ce ministère pourrait notamment travailler avec les municipalités afin de développer un ensemble de services à la population vieillissante du Québec, au lieu de se contenter d'être à la merci du ministère de la Santé, comme il l'a été durant la pandémie, fait remarquer Mme Blais.
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