L’art de cultiver des liens sociaux
- Suzanne Dansereau
- 26 févr.
- 4 min de lecture
Texte de Suzanne Dansereau, journaliste et conseillère indépendante
Responsable d’une série de portraits consacrée à la parole des aîné·es.
Un matin de début février, Guy Ethier laisse un message sur la boîte vocale de son ami Robert.
« Salut Bob ! Bonne fête vieux schnock! Je sais que ta fête c’est seulement demain, mais je suis en Inde et on a 10 heures et demie d’avance sur l’heure de Montréal … Hahaha .. Je suiscertain d’être le premier à te souhaiter bonne fête ! Que ta vie soit douce cher ami ! »
Guy Ethier ne rate jamais l’anniversaire de ses amis les plus proches. Les dates sont gravées dans sa mémoire.
« On est un gang de six gars. Notre amitié remonte à l’enfance pour certains, et à l’adolescence pour d’autres. On ne s’est jamais complètement perdus de vue. À certains moments de nos

vies, on a pu passer quelques années sans se voir, mais on se retrouve toujours. On se voit encore plus souvent depuis qu’on est retraités. En vieillissant, malgré nos différences, on a appris à s’accepter tel qu’on est, et on en rit. »
À l’âge de 67 ans, les liens sociaux jouent un rôle primordial dans la vie de ce travailleur de la santé retraité depuis sept ans. Quand ce n’est pas ses amis proches, il se lie avec à des inconnus ou des voisins, croisés sur son chemin, et avec qui il engage facilement
une conversation.
« Moi, je suis un gars curieux. L’autre jour, j’ai croisé une voisine en train de faire des exercices au parc Summerlea à Lachine. Je lui ai dit qu’elle était inspirante. On a jasé. On s’est revu à quelques reprises pour justement faire de l’exercice, prendre des marches, faire du vélo. Elle m’a parlé d’un problème avec son auto. Je suis allé voir et j’ai pu l’aider à régler le problème. »
Guy est un homme heureux. La déprime, il ne connaît pas. Oui, quand il s’est séparé de sa femme à 59 ans - l’année de sa retraite – il a connu des moments difficiles. Mais ses amis ont été là pour lui et il s’en est tiré.

Cultiver des liens sociaux, être en interaction avec des gens, sont un facteur de bonheur et de santé, disent plusieurs études. Celle de Mélanie Levasseur, de l’Université de Sherbrooke, réalisée auprès d’aînés de 65 ans et plus est l’une des plus récentes. Elle dit que peu importe que vous viviez en RPA ou à domicile, ce sont les connexionssociales qui font votre bonheur. Les liens sociaux sont un pilier de la santé mentale. Si à la suite d’un déménagement, vous perdez certains liens, il importe d’en tisser d’autres.
Guy a encore une grande partie de sa famille. Ils étaient cinq frères et sœurs, ils sont maintenant quatre. « La perte de notre frère a été très dure, cela laisse un grand vide », avoue-t-il. Il peut aussi compter sur ses deux filles. Lui-même un grand voyageur, il lui arrive d’organiser des voyages avec elles. Avec celle qui étudie en Allemagne, il vient de passer six semaines en Inde. Son autre fille est àMontréal et ils ont visité Lisbonne, l’Andalousie et Barcelone l’année précédente.
« C’est un privilège de pouvoir partager ce genre d’expérience avec mes filles, constate-t-il. J’ai fait leur éducation et maintenant, elles font la mienne Elles me gardent jeune. C’est un retour des choses ».
Guy a commencé sa carrière dans le milieu de la santé comme auxiliaire familial et social en CLSC, aux services à domicile.
« J’ai toujours aimé aider les gens, explique-t-il. Entrer chez eux, dans leur intimité, apprendre à les connaître pour mieux les aider était un grand plaisir, je n’avais pas l’impression de travailler. »
Puis il est devenu chef d’équipe. À la famille et aux amis de jeunesse, se sont donc ajoutés les collègues de travail, dont certains avec qui il s’est lié.
« Michel et moi, nous étions les boute-en-train dans les parties de bureau, disons que nous prenions beaucoup de place sur la piste de danse ! On avait aussi de bonnes discussions, sociologie, politique– il était représentant syndical et moi, je représentais l’employeur - mais on était souvent du même bord ! Aujourd’hui, on parle encore politique on s’échange des livres, des articles. Si on part dix jours en canot-camping on rit et discute toujours. »
Tous les jours ou presque, Guy utilise l’internet pour faire circuler des articles de journaux qu’il a lus et qu’il trouve pertinents. Il les envoie à une dizaine de destinataires, ses amis. Partager des réflexions, des idées, des solutions, c’est une autre façon de rester en contact.
« Le virtuel, c’est bien utile, oui, mais le présentiel c’est quand même ce qui prime. »
Si ça fait quelques mois qu’il n’a pas eu de nouvelles d’un ami, il en
donne. Récemment, l’un d’eux a organisé une exposition rétrospective des œuvres d’art de son père.
« Cela a été l’occasion de revoir plein de monde. On a participé à des retrouvailles très touchantes. »
Quand il a pris sa retraite, Guy a approfondi la pratique de la méditation. C’est dans le cadre de cette activité qu’il s’est fait de nouveaux amis qu’il revoie lors de retraites, ou de pratiques hebdomadaires. Les liens sociaux nous procurent un sentiment d’appartenance, conclut Guy.
« Que ce soit à une famille, à un groupe d’amis, ou à une communauté de pratique. Il faut sortir de sa coquille et ne pas avoir peur d’aller au-devant des autres. Et surtout, et c’est important par les temps qui courent, ne pas rester dans sa chambre d’écho, mais demeurer curieux. »




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